Je ne sais pas, je ne sais plus. Je ne me rappelle plus pourquoi. Pourquoi ces actes, pourquoi cette chute. Je n'aime pas les questions qui ne correspondent à aucune réponse, qui ne s'emboitent pas. J'ai toujours été comme ça. Que puis-je dire d'autres ? Vous mentir ? Encore et encore. Je dois remplir vos cerveaux de mensonges et de mesquineries plutôt que vous laissez ce vide si vrai, si réel. Je n'ai pas d'excuses à vous faire, ni même des regrets à vous balancer. Je ne sais que cracher cette fumée arrogante sur vos visages. Je ne sais que prendre votre gorge à sang. Je suis une garce, un monstre du 21ème siècle, comme beaucoup d'autres personnes. Comme je dis toujours, on ne se refait pas.
Je plane. Je ne peux m'empêcher de succomber à cet instant si prenant, si envoutant. Je n'y résiste pas, je m'y glisse, je m'y fane avec ardeur, avec inattention. J'y goûte chaque soir de fête, à chaque latte que j'ose tirer, à chaque pilule avalée. Je m'y installe, je m'y dévoile. Je reste fade et tout tourne comme un manège, un tant soit peu bousillé. Ma tête tombe en arrière, se posant sur le canapé. J'écrase le mégot de joint sur un endroit du canapé avant de rallumer une clope tout en sentant des lèvres froides et tremblantes s'épuisaient sur ma peau, s'épuisaient dans mon cou. Je ne prends pas la peine de regarder cette proie qui vient sans nul doute mourir sur ma peau & tire sur ma clope le plus longuement possible.
Malgré une vue incertaine, j'aperçois au loin une connaissance et me lève laissant ces lèvres partirent ailleurs. Tête haute avec un air hautain, je marche droite m'avançant dans un coin du grand salon que j'appellerais à l'heure actuelle plus un bordel qu'un salon. Mais il ne s'agit que de mon avis. Je prends au passage un verre d'alcool, puis par prudence et connaissance, rejette le verre avant de m'en servir un moi même. J'arrive face à cet homme, ce jeune homme touchant du bout de ses doigts les vingts ans et quelques. Ses cheveux mal coiffés lui donnent l'air d'un mec blasé. Du regard je jette la fille qu'il courtisait avant de prendre sa place et de boire mon verre tout en le fixant odieusement. Ce mec là, tout le monde le respectait. Il était beau et séduisant certes, mais ce n'est pas ça qui imposait le respect. C'était dû à tout. A sa façon de se tenir, à cet air de bravoure qui pend sous son menton, à sa carrure. Il émanait du respect, de la grandeur, et une grande gueule.
Mais je l'avais, du bout des doigts, je le tenais de mains fermes. Je l'avais eu sous l'espoir anéanti des autres. Il était à moi, je le savais et il le savait. Ses airs hautains s'enfuyaient à ma venue mais il gardait pourtant cet air royalement fort, effrayant. Nous étions à part égales, tout aussi salops, tout aussi poignants. Je l'avais comme il m'avait. On s'écoeurait au fond. 0n s'écoeurait nous mêmes.
«Qu'est-ce que tu me veux ?»
Je ne pris pas la peine de répondre à sa question, recrachant ma fumée vers son visage séduisant. Au contraire de moi, celui-ci vivait dans le luxe, au dessus même. J'avais de quoi vivre certes, largement, mais je ne l'égalais pas sur ce point. Il se pavanait sous ses mines d'or. Mais je préférais pavaner sous des mines d'herbes, d'argents blanchies. Il y avait là plus de sensations. Avec un sourire victorieux et après deux trois mots échangés, je partis dans d'autres pièces de la maison. Quand je vois cette foule, ce tas de personnes qui n'ont presque aucune limite dans leurs activités, ça me démange. Parce que j'sais bien que j'suis pareille, j'suis même pire que tous ces gens. Je le sais, je le sens. Je contrôle tout ici, sauf moi. Il me semble.
Comme à son habitude, la soirée se termina aussi bien que mal. Un petit mélange acidulé de sexe, de drogues & puis de toute cette ambiance qui nous bouffait. Tout ce phénomène est franchement ridicule et pathétique mais sur le coup on y pense pas. Certains font ça parce qu'ils ont rien d'autres à faire de leurs vies (et sincèrement je les plains), certains ont ça dans le sang et puis certains ont des raisons qui, apparemment, expliquent leur venue ici. 0n est tous un peu menteur sur les bords. J'étais, pour une fois, à l'écart de la baise. Je m'étais assise sur le palier de la porte d'entrée, fumant cigarette sur cigarette. Mon sang chaud s'évanouit et cette sensation d'être en trans s'était échappée bien trop rapidement à mon goût.
«Je peux ?»
J'allais lui répondre négativement, oui car à cet instant précis, j'étais encore plus égoïste qu'à la base ; mais il me coupa dans mon élan et s'empara immédiatement d'une de mes fameuses Lucky Strike. Quel culot. A ma grande surprise, je ne reconnus pas son visage, il ne me disait rien & j'optai sur le fait qu'il s'agit soit d'un petit nouveau perdu, soit d'un passant qui regrettera rapidement sa soirée. Il tenait à peine debout et s'assit à côté de moi. Je continuais à tirer sur ma clope, fixant un point complètement imaginaire jusqu'à ce qu'il interrompe ce silence avec maitrise. Je m'appelle Bill qu'il me dit. Je ne répondis pas, repris mon paquet & me leva sans même un regard, ni même un souffle. Je pris la peine d'ouvrir la porte & de remarquer le foutoir indescriptible de cette maison qui n'est plus. 0n est vraiment des bêtes de foire par moment, ça en devient scandaleux.
Je vis rapidement Raphaël, se tenir droit sur une des chaises du comptoir. Je finis par taper du pied pour qu'il me remarque. Il finit alors son verre d'un trait rapide & me rejoignit encerclant ma taille par un de ses bras. Je crois que nous deux c'était n'importe quoi. Une sorte de relation non-exclusive qui n'en était pas une. 0n se fuyait & dès que nous franchissions un bain de foule, nous faisions comme si de rien n'était. Nous étions faux, moches, dégueulasses. Limite répugnants. J'avais finis ma matinée avec lui, à s'embrasser comme des idiots, à se toucher brusquement. C'était du sexe, pour résumé. Ni plus ni moins que du sexe. Et par fierté, ça me suffisait.
Je crois qu'à la base, je voulais être quelqu'un de meilleur, de plus spontané, de plus énergétique & de plus calme. Mais en y pensant bien, cette phrase n'a aucun sens, aucune valeur morale. Il n'y a là que de l'hypocrisie. Parce qu'au fond, qui voudrait devenir quelqu'un de méchant, de plus sadique s'amusant à manipuler à tout va toute forme humaine. Qui, je vous le demande ? Je crois qu'on nait tous avec une part de méchanceté. Sauf que certains ont une part beaucoup plus poignante et beaucoup plus grande que les autres. En résumé, la méchanceté prend l'devant, prend l'volant.